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CLAUDE BENOIT À LA GUILLAUME

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J’ai construit mon premier appareil photo. Un reflex, issu d’une boite « le petit photographe en herbe ». J’avais 14 ans. Je me souviens parfaitement  de l’achat de ma première pellicule 24x36 au rayon photo du Mammouth d’Aubière avec ma mère …. 

Par contre, je n’ai aucun souvenir de ce premier développement. Black out total !  La déception a dû être trop grande. 

Ensuite j’ai eu un Praktica nova 1B. Et j’ai commencé à énerver la famille à squatter la salle de bain, seule pièce borgne, pour tirer mes photos… 

 

Sur les réseaux, J’ai inscrit « Je photographie tout ce qui bouge. Ou pas. Et des fois, c’est moi qui bouge…. » . 

C’est finalement assez vrai. Je suis capable de photographier tout et n’importe qui. En fait, je cadre en permanence. Dans ma tête. 50 fois, 100 fois par jours je photographie… Et hop, après quelques enjolivements par mes  neurones, la photo saute directement dans mon lobe temporal.

Pour les projets au plus long cours, simplement, des idées enfouies entrent en résonance avec une rencontre, l’achat de ma maison ou encore, par exemple,  une question téméraire  qui me vient de je ne sais où et que je pose à Myriam, malvoyante: 

« C’est quoi la photo pour toi ? »  

C'est précisément là que ça m’a attrapé.  À sa réponse. J’ai engagé avec elle un travail long, sur sa vie, sa capacité à « voir », sa différence qui n’est que celle qu’on lui étiquette. Car dans nombre de situations elle est bien plus à l’aise que moi, le soit-disant normal… 

 

L’idée de la série Trampoline date de longtemps. Le travail a mis du temps à se mettre en place. J’aime ces corps dorés sur le noir d’ébène du fond. J’aime faire du beau avec ce qu’on cache habituellement. 

 

Le rapetassage m’est venu de la découverte d’agendas que Marie emplissait des ses pattes de mouche, rapetassait du fil de sa vie, et de ses habits ravaudés, rapetassés. Les peaux elles aussi raccommodées des accidents de la  vie, portent ou côtoient les rapetassages des tissus et carnets, en les contrastant, ou au contraire en les complétant.

 

En fonction du travail, je photographie en argentique ou numérique. J’ai un Rolleiflex 2.8D et un Bronica EC.  Des 6x6. En numérique je suis en plein format. 

J’aime faire des portraits au Rolleiflex, Quand tu portes ce « tank » autour du coup, les modèles te respectent. Ils posent. Tu prépares ta prise de vue. Le rouleau ne compte que 12 photos… Les modèles prennent la chose au sérieux. La relation est forte. 

Par contre, développer m’ennuie. Alors je numérise les négatifs, et « tire » les photos sur mon ordinateur. 

Le numérique a pour lui la rapidité, la précision, la qualité, tu ne paies pas la pellicule, et le résultat est instantané.  Y a pas photo ! 

Trampoline

Le Trampoline… 

C'est un genre de chahut, que j'aime artistique, riant et joli.... 

  1.  C'est parler de la liberté du corps. Liberté de mouvement, liberté de déplacement.

  2.  C'est aller à l'encontre de l’injonction du lisse, de photoshop, et de la vie en général qui rejette toutes  "originalités", surpoids, malformations...

  3.  C'est aussi reconnaître le corps humain en tant que tel et non comme un outil promotionnel mercantile.

  4.  C'est encore désexualiser la nudité. Laissant le sexe à une relation particulière, et la nudité à la vie, au naturel, au beau, à la liberté ...

  5.  C'est enfin, ne plus jouer avec cette pudibonderie toxique et délétère qui interdit la vision d'un sein de fille,  mais banalise les images de violence, de guerre, de malheur, tout en surfant sur l'érotisme pour vendre parfums, automobiles et autres vacances de rêves... 

 

L'idée est de montrer comment un corps déformé par l'apesanteur ou l'écrasement dû au rebond,  dans des poses pas voulues et en relative insécurité, peut être esthétique, voire charmant.

Rapetassage

C'est une mise en lumière de ce qu’on cache habituellement de nos corps, augmenté des rapetassages de Marie. De véritables œuvres d’art brut, qu’elle a oubliées en quittant sa maison….


Les pantalons des hommes du foyer, des torchons, des draps, son tablier, et ses carnets. 14 agendas rapetassés de 14 ans de sa vie…

J’habite sa maison. Je marche sur le parquet qu’elle a usé, j’utilise ses vieux draps en nappes, voiles d’ombrage, je bois la soupe dans ses bols…  

J’aime me souvenir de cette « vieille » comme d’une fille. Et non comme l’acariâtre que décrivent celles et ceux qui l’ont approchée…. 

  1. Avec la série rapetassage, j’aime dépoussiérer ces témoins de vie passée, rude et austère. 

  2. J’aime  mêler la vie de Marie avec les poses espiègles de Céline.

  3. J’aime rapprocher les reprises de ces vieux tissus avec les traces de vie de la peau. Quelques fois rapetassée elle aussi. Vergetures, cicatrices…. 

  4. Je m’emploie à conjuguer les écrits de Marie avec ses reprises. Elle ravaudait son tablier comme elle noircissait ces carnets de ses pattes de mouche.  D’un coté elle utilisait du fil pour réparer, de l’autre, elle rapetassait les carnets du fil de sa vie… Il y a là un lien qui m’est évident. Et je n’arrive pas à le décrire. Alors je le photographie… Peut-être le verras-tu.