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ANTONIO DOMINGUES

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Auteur Photographe, je vis et travaille à Paris.

Jusqu’à la naissance de mon premier enfant, en 2003, l’acte photographique ne représentait pour moi qu’une façon d’immortaliser de bons moments. Cet événement a suscité une brusque prise de conscience de mon devoir de mémoire et des interrogations sur mon identité en tant qu’homme, fils et père. 

Photographier est devenu une manière pour moi de construire l’histoire que je souhaite léguer à mes enfants. Que restera-t-il après moi ?

L'acte photographique est également un moyen d'exprimer mes sentiments. Je m'interroge en permanence sur ce que nous sommes et ce que nous ressentons au plus profond de nous ; nos angoisses, nos désirs, notre histoire, nos manques sont à l’origine de ma réflexion et de ma production et les alimentent continuellement. 

Réussir à exprimer ce que je suis et ce que je vis est non seulement une thérapie personnelle mais également un moyen de partager ma vision des relations que nous entretenons les uns avec les autres et plus généralement de prendre conscience de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains.

Ma photographie est intime et personnelle, elle fait écho à vos propres interrogations.

Absence(s)

Se réveiller un matin avec le sentiment de ne plus « être » !

Absent de toute scène de vie, désolidarisé de votre propre existence. Un mur s’est construit entre vous et le réel, entre vous et le monde extérieur. Vous avez atteint le point de rupture et basculé vers un refus catégorique de voir et vivre votre quotidien, vous avez pris congé de vous.

Vous vivez alors dans un épais brouillard, incapable de vous définir émotionnellement, incapable de comprendre ce qui vous entoure. Tout est indéterminé ou grossièrement défini.

Regard distant sur ces choses banales du quotidien. Ces scènes, ces endroits vous semblent imprécis, insignifiants et parfois vides de sens. Regard porté sur soi, sur une absence profonde de choses essentielles qui pourraient vous aider à comprendre ce qui vous perturbe, vous angoisse et qui vous a fait basculer.

Absence de communication, de temps, de sommeil, de plaisir, de chaleur, d’issue, de perspective, perte d’un proche, déracinement, absence de lumière, de rêves …

Vous recherchez l’élément déclencheur. Un visage manquant, une silhouette, quelqu’un qui se trouverait derrière une porte et qui pourrait vous tendre la main, des personnes qui pourraient vous aider à vous raccrocher à quelque chose de tangible.

Vous sentez une présence, une lumière se poser sur tout ce qui vous semble insignifiant et éteint. Vous réalisez alors que cette présence invisible, médusée et figée devant ces scènes anodines, n’est autre que vous. C’est le retour brutal et incontrôlable à la réalité.

Toutes ces scènes vides, inanimées, où l’absence d’un être se fait sentir prennent une autre dimension. Vous les regardez autrement. Ces instants, ces scènes, au demeurant banales, prennent du sens.

Résigné, sans réponses réelles à vos questions, vous acceptez à ce moment-là ce qui vous arrive, vous acceptez de reprendre le cours de votre vie.

Cette absence de soi est-elle terminée ? Est-ce un événement éphémère ou cet épisode cache-t-il un mal plus profond ?

 

Technique : Tirages à la gomme bichromatée

Résilience

L'Homme présente une appétence prononcée pour la destruction de ce qui l'entoure et la nature est l'une de ses premières victimes.

Ce pouvoir de nuisance incontrôlable le pousse, parfois malgré lui, à imposer ses choix de développement à une nature déjà fragilisée par ses nombreuses interventions.

Néanmoins, la force des phénomènes naturels leur permet de reprendre le dessus et nous rappelle que malgré tous nos efforts, nous ne parviendrons jamais à les maîtriser totalement.

Parallèlement, la minorité silencieuse – les plantes les plus fragiles – celle que nous remarquons à peine, a appris à s’adapter et à cohabiter avec nous.

Même si la ville est en perpétuel changement, croissant même dans certains endroits du globe de manière incontrôlée, l’écosystème s’avère le plus souvent capable de répondre aux perturbations qui en résultent. Capable, malgré les chocs que nous lui infligeons, de se relever et d’évoluer.

L'homme détruit des équilibres, mais le pouvoir de résilience de notre écosystème fait qu'il en construit d'autres, parfois plus stables, mais toujours fragiles

 

Technique : Tirages à la gomme bichromatée

Saudade Lisboeta

J'ai voulu retranscrire dans cette série ce que peuvent ressentir les enfants face à leur 

25 avril 1974, la Révolution des Œillets. Cette date changea profondément la vie du peuple Portugais.

Mes parents vécurent ça de loin. Quelques années auparavant, ils avaient dû quitter leur terre natale comme de nombreux autres pour fuir la dictature et subvenir aux besoins de leur famille et s’étaient installés en France.

En effet, dans les années 60, durant la période autoritaire « Estado Novo » mise en place par Salazar, le régime voulait asseoir son autorité sur les colonies et mater les révoltes indépendantistes. A cette fin, il imposait à la jeunesse Portugaise une guerre de « pacification ». Mon père comme ses frères durent servir 3 ans en Angola.

A son retour, profondément marqué par ce qu’il avait vécu et constatant la misère dans laquelle son pays se trouvait, il s’engagea dans un mouvement contestataire. Au bout de quelque temps, voyant que bon nombre de personnes engagées comme lui finissaient entre les mains de la PIDE, la police de Salazar, il dut se résoudre à quitter le mouvement. Devant la crise importante que vivait le pays et l’absence de libertés, mes parents n’eurent d’autre choix que de partir.

Cette fuite fut un déchirement, et depuis, le sentiment d’être apatride ne les quitte plus. Ils ne sont plus considérés comme de « vrais » Portugais aux yeux de ceux qui ne sont jamais partis.

En avril 1974, ils apprirent que le Peuple Portugais marchait sur Lisbonne. Deux sentiments se mélangèrent alors : une profonde joie que le régime en place puisse être renversé et une profonde tristesse de ne pouvoir accompagner les autres en chantant « Grândola Villa Morena », chant contestataire qui annonçait la fin du régime.

Ce sentiment ambivalent ne les a jamais quittés.

A travers ce travail photographique, j’essaie de rendre hommage à mes parents déracinés, tristes de n’avoir pu arpenter les rues de Lisbonne en ce jour du 25 avril 1974 mais néanmoins heureux d’avoir offert la liberté à leurs enfants au moment où leur pays en était privé... 

 

Technique : Tirages Bromoils & Tirages à la gomme bichromatée